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Entretien avec Rita Hatem, coach de vie : « Le rôle du coach est d’amener la personne à devenir le meilleur d’elle-même »
Le 07 octobre 2008, 00h32, Par Élodie Morel Lebbos
 
Au Liban, si le coaching d’entreprise a déjà des adeptes, le « coaching de vie » n’en est qu’à ses balbutiements. Ingénieur Télécom en France chez Alcatel puis Ericsson, Rita Hatem a choisi il y a huit ans de quitter le monde de l’entreprise et de se lancer dans l’activité de « coach de vie », son métier depuis plus de deux ans au pays du Cèdre, où elle est pour le moment la seule à exercer cette profession.
 


iloubnan.info: Pourquoi avoir choisi d’abandonner votre carrière d’ingénieur pour le coaching ?
Rita Hatem: Le monde du travail s’est structuré au fil des années autour d’une seule valeur, la valeur financière, au détriment de toutes les autres. Ses mots clés sont devenus performance et rentabilité a tout prix, laissant de coté les valeurs telles que compétence, qualité du travail, et surtout la valeur clé a mes yeux, le respect de la personne humaine, comme sujet créateur de la performance, et non comme outil de performance. Et qu’est-ce que la performance sinon une conséquence du bien-être de la ressource primordiale de l’entreprise, qui est la ressource humaine.
C’est en partie pour cela que j’ai décidé de quitter le monde de l’entreprise qui ne me ressemblait plus et avec lequel je n’avais plus envie de composer, pour vivre ma passion. J’ai toujours été passionnée par l’humain et je me suis alors lancée dans des études de psychologie. Puis je me suis formée au coaching à Paris, à la Coach Académie (franco-canadienne).

Comment fonctionne le coaching ?
Le coaching est une discipline qui travaille tout ce qui pose obstacle et bloque la personne dans son épanouissement au quotidien. C’est la discipline du présent par excellence. C’est dans le moment présent que réside le pouvoir de la personne à être et à vivre, et ce moment présent porte en lui le passé de la personne à travers ses souvenirs, ses rêves, ses croyances, ses scénarios de vie… et également tout son potentiel pour créer son avenir.
Le coaching amène la personne petit à petit à prendre conscience de ce qui se passe en elle, sur sa scène intérieure, de ce qui provoque ses conflits, ses échecs, de ce qui dans son histoire l’a placée dans tel ou tel scénario de vie, et surtout à prendre conscience de ses capacités et du comment faire autrement pour s’en sortir et avancer.
Le coaching aide ainsi la personne à dépasser son passé et surtout à apprendre comment aller de l’avant pour être en cohérence avec elle-même et vivre son mieux-être.
C’est une discipline basée sur le questionnement. La question posée dans le cadre de l’histoire de la personne, et au moment opportun amène la personne à vivre des révélations sur elle-même et à se mettre dans une dynamique de changement.

En quoi le coaching se distingue-t-il des thérapies ?
Le coaching diffère de la thérapie de par sa technique et son objectif. Par rapport à la thérapie psychanalytique, par exemple, le coaching n’a pas pour objectif de travailler tout le passé de la personne, il va travailler le passé qui est à l’œuvre, et en rapport direct avec l’objectif que la personne vient travailler. Et également, le coaching ne se contentera pas de recadrer ce passé dans le sens et dans le temps, mais continuera à accompagner la personne dans le « comment » faire, ici et maintenant, pour atteindre son objectif.
Si l’on considère maintenant les thérapies cognitives comportementales, le coaching ne va pas se limiter à l’objet phobique, autrement dit au symptôme, il va travailler aussi la relation qui est à l’origine de cette phobie et placera ainsi la personne dans une autonomie d’être, non pas par rapport à un objet ou une situation seulement, mais par rapport à sa vie en générale.

Y a-t-il, comme en occident, une ou des institutions de formation au coaching au Liban ?
Pas pour le moment.

Y a-t-il une spécificité « libanaise » concernant ce qui pousse les gens à vous consulter ?
Je dirai que la personne humaine est la même partout mais l’environnement dans lequel vit une personne est un facteur important qui peut révéler ou provoquer des problèmes spécifiques ou accentuer telle ou telle dynamique d’être.
La guerre au Liban a bien sûr accentué chez les Libanais des aspects de vécu tel que stress, anxiété, somatisation, traumatisme, sur-adaptation… Elle a provoqué des séismes au niveau de la structure identitaire des Libanais, tant au niveau sécurité, repères, qu’au niveau valeurs au sens de la vie.
Pour revenir à votre question concernant la spécificité des Libanais qui consultent, alors je dirai que les problèmes des individus sont les mêmes ici qu’ailleurs mais qu’ils s’inscrivent dans le cadre de cette donnée sociétale spécifiquement libanaise.

La société libanaise est souvent montrée du doigt dans les media pour son côté « superficiel ». Cet aspect existe-t-il au niveau individuel ?
D’abord, il faut préciser que ce que stigmatisent les media ne concerne pas tous les Libanais. Par ailleurs, s’il est vrai que certains se limitent à vivre à la surface d’eux-mêmes, mon expérience me montre que beaucoup vivent et développe leur être au-delà de cette frontière. Disons peut-être que la sphère médiatique et sociale est monopolisée par ceux qui prônent un modèle « superficiel » de vie dans lequel on voue un culte à l’apparence et au paraître, ceci étant justement en partie une des conséquences de cette insécurité d’être, provoquée par la guerre au Liban. Et je dirai que c’est un passage, comme une étape dans « un chantier de reconstruction de l’être » en quelque sorte.

Peut-on définir quelques traits qui caractérisent vos clients ?
Mes clients sont en majorité des clientes, de 20 ans minimum, sans réelle limite d’âge supérieure. Les problèmes qui les amènent ici sont souvent liés à des questions de confiance en soi, de trouble de l’estime de soi, de relations de couples, de relations parents-adolescents, de phobies, de stress, d’anxiété, de somatisation… Mais si parfois les gens viennent me voir avec un problème précis, ils peuvent aussi se retrouver dans mon cabinet sans vraiment savoir ce qu’ils veulent, en exprimant juste un certain mal être. Ici, on nomme les choses, et on définit le travail à faire ensemble.

Comment se déroulent les séances ?
Les séances sont hebdomadaires, de 1h30 à 2h. Le nombre de séances dépend de l’objectif à travailler, de l’évolution et du rythme de la personne. Le coaching reste cependant une discipline d’accompagnement efficace et puissante, dans un délai rapide.
 
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