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INTERVIEW
Selon l'AFDC, la montagne libanaise est menacée par l’exode rural
Le avril 01, 2008, par Élodie Morel
L’ONG environnementale AFDC (Association pour les forêts, le développement et la conservation) organise pendant tout l’hiver une campagne pour le reboisement des forêts au Liban. L’association se dit globalement inquiète pour la montagne libanaise, menacée par des problèmes socio-économiques aussi bien qu’environnementaux.
Quelle surface de montagne la forêt occupe-t-elle ?

En 1960, les espaces boisées couvraient 35% du territoire libanais et ont atteint les 22% en 1972.
Aujourd’hui, et suite à une étude effectuée par le Ministère de l’Agriculture et la FAO, la surface forestière occupe presque en totalité des régions montagneuses. Cette surface est supérieure à 135.000 ha, donc plus de 13% de la surface du pays.
L’absence d’espaces verts dans les régions côtières n’est pas naturelle. Elle est due au phénomène d’urbanisation.

Pourquoi constate-t-on une telle déforestation dans les montagnes ?

La déforestation dans les montagnes est provoquée par divers facteurs anthropiques : les incendies de forêt (comme on l’a encore vu cet automne), les carrières, l’urbanisation, les coupes abusives de bois, ou encore le surpâturage.

Quels sont les enjeux de cette déforestation ?

Cette déforestation a des conséquences environnementales et économiques diverses. Des pertes économiques, d’abord, dues aux dégâts causés au niveau des ressources naturelles et agricoles des zones rurales, qui constituent la ressource financière principale des habitants de ces régions.

Autre conséquence : les pertes en matière de biodiversité, la dégradation des sols, mais aussi l’augmentation de la pollution de l’air : c’est le même problème, à petite échelle, qu’en Amazonie, où la déforestation est assimilée à la perte du poumon de la planète. De même, au Liban, les arbres qui disparaissent cessent de produire du dioxygène et d’absorber le dioxyde de carbone. Sans parler des incendies qui produisent des gaz nocifs tel que le monoxyde ou le dioxyde d’azote.

La disparition des arbres entraînent aussi une déperdition en eaux souterraines : les racines des arbres aident à garder l’eau dans le sol ; sans elles, l’eau ruisselle sur le sol au lieu d’y rester.

Comment essayez-vous de lutter contre la déforestation ?

L’AFDC a mis en place différents programmes pour lutter contre les nuisances que subissent les forêts du Liban, et améliorer la vie dans la montagne libanaise. Des programmes de reboisement, et de lutte contre les incendies de forêts par exemple.

Par exemple, notre programme « Conservation et Nature » permet de fournir des équipements et du matériel de lutte anti-incendie aux acteurs locaux. Nous organisons également, grâce à nos bénévoles, des séminaires à destination des populations locales pour les informer sur la nécessité de préserver les forêts. Nous avons naturellement mis en place des programmes de communication pour sensibiliser les populations à la cause que nous défendons : c’est par exemple l’objet de la campagne télévisée que nous avons lancées cet hiver. Nous avons également un programme de Recherche et développement, pour surveiller l’environnement et développer différents projets.

Par ailleurs, nous tentons aussi de mettre en place des programmes de développement rural, car pour améliorer la vie dans les montagnes libanaises, il faut assurer le développement de ces régions parfois isolées pour limiter l’exode rural.

Quels problèmes socio-économiques touchent spécifiquement les régions montagneuses libanaises ?

L’exode rural est le problème majeur qui touche les montagnes libanaises. Ce phénomène est engendré par le besoin des habitants à gagner leur vie. Ils délaissent alors leurs terres, qui ne leur sont plus très rentables, pour aller travailler en ville.
D’autres facteurs poussent les habitants à quitter les zones rurales tels que le manque de services (hôpitaux, écoles, transport, etc.) ou encore l’absence d’opportunités de travail.

Quelles solutions peut-on apporter à ces problèmes ?

Le problème de pauvreté et d’exode rural peut être résolu en créant des opportunités de travail pour les habitants dans leur village et en élaborant des projets de développement rural.

Ils seront ainsi poussés à se rattacher à leur terre et à y travailler.

Nous tentons d’aider les femmes à travailler les produits agricoles (production de confitures par exemple) : elles l’ont toujours fait, il faut les encourager à continuer. C’est ce que nous faisons en les familiarisant au respect des normes nationales pour qu’elles puissent plus facilement écouler leur production, sur le marché de Souk al Taeb par exemple. Peut-être un jour pourront-elles même exporter leurs produits !

Nous développons aussi des concepts d’écotourisme et de tourisme rural avec le Conseil pour le développement et la reconstruction. L’idée est de réaliser des sentiers écotouristiques avec les municipalités traversées, pour favoriser l’économie locale. Le but est là encore que les habitants des montagnes puissent rester sur leur lieu de vie sans avoir besoin de déménager vers les villes pour trouver du travail. Toujours dans ce but de créer des emplois locaux dans les régions montagneuses, nous cherchons à développer le concept de maisons d’hôtes, ou encore le favoriser les projets de plantation d’arbres fruitiers.

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